Extension de la Réserve Marine de Cerbère-Banyuls
La Côte Vermeille s'apprête à connaître une évolution majeure dans la gestion et la protection de son littoral.
Créée en 1974, la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls est aujourd'hui l'une des plus anciennes réserves marines françaises. Plus de cinquante ans après sa création, un important projet d'extension est en cours afin d'étendre son périmètre sur une grande partie de la côte comprise entre le Cap Béar et le Cap Cerbère.
Pour les plongeurs, plaisanciers, pêcheurs professionnels, pêcheurs de loisir et chasseurs sous-marins qui fréquentent régulièrement la Côte Vermeille, cette évolution est importante.
Mais que prévoit réellement le projet ? Quelle sera la superficie de la future réserve ? Où seront situées les nouvelles zones de protection renforcée ? Et surtout, quelles conséquences cette extension pourrait-elle avoir pour la pratique de la chasse sous-marine ?
Voici un point complet sur le projet tel qu'il est connu en 2026.

Une réserve marine créée il y a plus de 50 ans
La Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls a été créée en 1974 et est gérée par le Département des Pyrénées-Orientales depuis 1977.
Son périmètre actuel couvre environ 650 hectares, avec deux niveaux principaux de protection.
Une grande partie de la réserve, environ 600 hectares, autorise certaines activités humaines sous réglementation.
À l'intérieur se trouve également une zone de protection renforcée d'environ 65 hectares, où la quasi-totalité des activités humaines est interdite.
Cette organisation est importante à comprendre : une réserve marine n'est pas nécessairement une zone totalement interdite à toute activité.
Différents niveaux de protection peuvent coexister au sein d'un même périmètre.
C'est précisément le principe retenu pour le projet d'extension.
Une extension de plus de 1 000 hectares
Le projet prévoit une extension de la réserve de 1 035 hectares supplémentaires.
Le nouveau périmètre s'étendrait :
du Cap Béar au nord jusqu'au Cap Cerbère au sud.
La réserve atteindrait ainsi environ 1 680 hectares au total, contre environ 650 hectares actuellement.
Il ne s'agit donc pas d'un simple ajustement des limites.
La superficie de la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls serait multipliée par environ 2,6.
Le nouveau périmètre concernerait les communes de Port-Vendres, Banyuls-sur-Mer et Cerbère, et intégrerait notamment le secteur de Paulilles.
Cette extension donnerait ainsi une continuité beaucoup plus importante à la protection du littoral rocheux de la Côte Vermeille.
Deux nouvelles zones de protection renforcée
L'un des éléments les plus importants du projet concerne la création de deux nouvelles zones de protection renforcée, représentant environ 70 hectares supplémentaires.
Elles seraient situées au :
Cap Ullastrell : environ 38 hectares
et au :
Cap Cerbère : environ 32 hectares.

Ces zones doivent constituer des secteurs où la pression humaine est extrêmement réduite afin de favoriser la reproduction, le développement et le vieillissement des populations de poissons.
Le principe recherché est celui de « l'effet réserve ».
Dans une zone fortement protégée, les poissons peuvent devenir plus nombreux mais également plus gros et plus âgés. Une partie de cette biomasse peut ensuite se déplacer vers les secteurs périphériques.
C'est notamment l'un des arguments avancés pour expliquer les populations importantes de certaines espèces observées autour de la réserve actuelle.
Pourquoi agrandir la réserve ?
La Côte Vermeille possède une configuration sous-marine particulièrement intéressante.
Entre le Cap Béar et la frontière espagnole, les fonds alternent entre zones rocheuses, éboulis, grottes, substrats meubles, herbiers et formations coralligènes.
Les études cartographiques réalisées sur ce secteur montrent notamment l'importance des substrats rocheux et du coralligène, particulièrement intéressants pour de nombreuses espèces méditerranéennes.
La zone accueille également des habitats et espèces emblématiques de Méditerranée :
- mérous ;
- corbs ;
- dentis ;
- sars ;
- pagres ;
- barracudas ;
- herbiers de posidonie ;
- coralligène ;
- corail rouge.
Le corail rouge fait d'ailleurs l'objet de suivis scientifiques sur le long terme permettant de comparer son évolution à l'intérieur et à l'extérieur des zones protégées.
L'objectif affiché de l'extension est donc de renforcer cette protection tout en maintenant, dans certaines zones, des activités humaines compatibles avec la conservation du milieu.

Une longue concertation avec les usagers de la mer
Le projet ne date pas de 2026.
Une importante phase de concertation a été menée entre janvier 2022 et juin 2023.
Elle a associé différents acteurs de la Côte Vermeille :
pêcheurs professionnels, pêcheurs de loisir, chasseurs sous-marins, plongeurs, plaisanciers, associations, scientifiques, collectivités et services de l'État.
Selon le Département, cette démarche a notamment représenté 17 mois de concertation, cinq ateliers avec les représentants des usagers, quatre réunions publiques et environ 450 personnes consultées.
Le projet a ensuite été déposé auprès des services de l'État au printemps 2024.

2026 : l'enquête publique
Une nouvelle étape importante a été franchie en 2026.
L'enquête publique concernant l'extension de la Réserve Naturelle Nationale Marine de Cerbère-Banyuls s'est déroulée :
du 13 avril au 22 mai 2026.
Le rapport de la Commission d'Enquête Publique a ensuite été publié le 22 juin 2026.
À l'heure où nous écrivons cet article, l'extension n'est donc pas encore à considérer comme définitivement entrée en vigueur.
La procédure doit encore aboutir à la validation réglementaire du nouveau périmètre.
Les documents du Département évoquaient initialement l'espoir d'un décret ministériel pour la fin 2026, tandis que des informations publiées pendant l'enquête publique évoquent désormais plutôt une finalisation en 2027.
Il faudra donc suivre la publication du texte définitif.

Et pour la chasse sous-marine ?
C'est évidemment le point qui intéressera particulièrement les chasseurs sous-marins.
Il faut d'abord distinguer la réserve actuelle, les nouvelles zones intégrées à l'extension et les zones de protection renforcée.
Contrairement à ce que l'expression « extension de la réserve » pourrait laisser penser, l'intégralité du nouveau périmètre n'a pas vocation à devenir une immense zone interdite à la chasse sous-marine.
Les informations publiées dans le cadre du projet indiquent que la chasse sous-marine pourrait continuer à être pratiquée sur une partie de l'extension, mais avec une réglementation spécifique.
C'est un élément essentiel.

Une chasse sous-marine autorisée mais davantage encadrée
Sur les secteurs où elle resterait autorisée, la chasse sous-marine devrait donc être soumise à des règles particulières.
Les modalités définitives devront être vérifiées dans les textes réglementaires lors de leur publication.
Le projet présenté au cours de la concertation a notamment envisagé un système de déclaration ou d'autorisation, ainsi qu'un suivi des prélèvements.
Des adaptations concernant les tailles minimales et les quotas de certaines espèces ont également été étudiées.
Les documents relatifs à la protection du secteur évoquent notamment une augmentation de certaines tailles de capture et une réduction de certains quotas concernant des espèces comme le denti, le pagre, le sar tambour ou encore la coryphène.
L'objectif est donc de permettre le maintien de certaines pratiques tout en limitant leur impact sur les populations de poissons.

Des secteurs qui deviendraient totalement protégés
En revanche, dans les nouvelles zones de protection renforcée, la logique est différente.
Les secteurs du Cap Ullastrell et du Cap Cerbère doivent devenir de véritables cœurs de protection.
La chasse sous-marine n'y aurait donc pas vocation à être autorisée.
Pour les chasseurs locaux, la création de ces zones représente nécessairement une modification importante des habitudes.
Certains secteurs rocheux historiquement fréquentés pour la chasse sous-marine pourraient ainsi devenir inaccessibles à cette activité.
Protection du milieu et maintien d'une chasse responsable
La création de zones protégées soulève naturellement des débats.
Les chasseurs sous-marins sont directement concernés car leur activité dépend entièrement de la qualité du milieu marin.
Sans poissons, sans habitats préservés et sans écosystèmes fonctionnels, il n'existe tout simplement pas de chasse sous-marine durable.
L'intérêt de disposer de véritables zones de reproduction et de tranquillité pour les poissons est donc difficilement contestable.
Mais la question essentielle reste celle de l'équilibre entre protection efficace du milieu et maintien des activités traditionnelles lorsqu'elles sont pratiquées de manière responsable.
La chasse sous-marine possède une particularité importante : le pêcheur voit sa proie avant de la capturer.
Il peut choisir l'espèce, observer sa taille et décider de tirer ou non.
Cette sélectivité permet d'envisager une gestion reposant non seulement sur des interdictions géographiques, mais également sur des quotas adaptés, des tailles minimales biologiquement cohérentes, des périodes de repos et une responsabilisation des pratiquants.
Une réglementation qui devra surtout être compréhensible
L'autre enjeu de cette future réserve sera la lisibilité de sa réglementation.
Entre :
la réserve actuelle, son secteur de protection renforcée,
la future extension, les deux nouvelles zones de protection renforcée,
la réglementation générale de la pêche maritime de loisir,
les éventuelles autorisations, les quotas, les tailles minimales,
et les réglementations propres à certaines espèces,
la situation peut rapidement devenir complexe pour un pratiquant.
Il sera donc indispensable que les limites soient clairement matérialisées et que les informations soient facilement accessibles aux usagers.
Une réglementation efficace doit pouvoir être comprise avant même de se mettre à l'eau.

Une opportunité pour mieux connaître les prélèvements
L'encadrement de la chasse sous-marine pourrait également permettre d'obtenir davantage de données sur les prélèvements réellement effectués.
C'est un sujet important.
Pour gérer correctement une ressource, il faut pouvoir connaître aussi précisément que possible la pression exercée sur celle-ci.
Un système simple permettant aux chasseurs sous-marins de déclarer leurs captures pourrait ainsi produire des informations intéressantes sur les espèces prélevées, les quantités et leur évolution dans le temps.
À condition, évidemment, que le dispositif reste suffisamment simple pour être réellement utilisé.

L'effet réserve peut-il profiter
aux chasseurs sous-marins ?
C'est probablement l'une des questions les plus intéressantes.
Une zone où les poissons ne sont pas prélevés peut devenir un secteur de reproduction et de croissance.
Avec le temps, l'augmentation de la biomasse peut bénéficier aux zones périphériques.
Ce phénomène est souvent appelé effet de débordement, ou spillover.
La réserve de Cerbère-Banyuls constitue justement un exemple régulièrement cité pour illustrer les bénéfices que peuvent apporter des zones fortement protégées associées à des secteurs où certaines activités restent possibles.
Dans cette logique, l'objectif ne devrait donc pas être d'opposer systématiquement protection de la biodiversité et pêche.
La véritable question est plutôt :
comment protéger suffisamment certaines zones pour qu'elles produisent davantage de poissons, tout en permettant une exploitation raisonnée de la ressource autour de ces zones ?

La Côte Vermeille entre dans une nouvelle période
Avec cette extension, la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls pourrait passer d'environ 650 hectares à 1 680 hectares, en couvrant désormais une grande partie du littoral compris entre le Cap Béar et le Cap Cerbère.
C'est une transformation importante pour la Côte Vermeille.
Elle modifiera nécessairement les habitudes de nombreux usagers de la mer.
Pour les chasseurs sous-marins, certaines zones disparaîtront probablement de leurs terrains de pratique tandis que d'autres resteraient accessibles avec une réglementation plus stricte.
Il faudra donc apprendre à composer avec ce nouveau cadre.
La position de Denty Spearfishing
Chez Denty Spearfishing, nous sommes convaincus que la chasse sous-marine moderne doit participer à la préservation de la ressource.
Protéger certaines zones, respecter des tailles de capture adaptées, limiter les prélèvements et laisser certaines espèces se reproduire sont des principes indispensables si nous voulons continuer à pratiquer notre passion dans plusieurs décennies.
Mais cette protection doit également s'appuyer sur les données scientifiques, prendre en considération l'impact réel de chaque activité et associer les pratiquants aux décisions qui concernent directement leur avenir.
La chasse sous-marine est une pêche extrêmement sélective lorsqu'elle est pratiquée correctement.
Nous défendons donc une approche basée sur la responsabilité du pratiquant, la connaissance du milieu, la sélectivité des captures et le respect de la ressource.
L'extension de la Réserve Marine de Cerbère-Banyuls peut devenir un formidable laboratoire pour démontrer qu'une protection forte de certains secteurs et une chasse sous-marine responsable peuvent coexister.
À condition de trouver le bon équilibre.

Ce qu'il faut retenir
Le projet d'extension prévoit de faire passer la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls d'environ 650 à 1 680 hectares.
Le futur périmètre doit s'étendre du Cap Béar au Cap Cerbère.
Deux nouvelles zones de protection renforcée sont prévues : Cap Ullastrell, environ 38 hectares, et Cap Cerbère, environ 32 hectares.
La chasse sous-marine ne devrait pas être interdite sur l'ensemble de l'extension : elle pourrait rester possible dans certains secteurs, sous réserve du respect d'une réglementation spécifique.
En revanche, elle ne serait pas autorisée dans les nouvelles zones de protection renforcée.
L'enquête publique s'est déroulée du 13 avril au 22 mai 2026, et son rapport a été publié le 22 juin 2026.
Le projet doit maintenant poursuivre son parcours réglementaire avant l'entrée en vigueur définitive de la nouvelle réserve.
Cet article sera donc mis à jour lors de la publication du décret et de la réglementation définitive afin de préciser exactement les zones accessibles à la chasse sous-marine, les éventuelles autorisations nécessaires, les quotas et les tailles minimales applicables.
Sources
Article réalisé à partir des informations disponibles auprès des services de l'État dans les Pyrénées-Orientales, du Département des Pyrénées-Orientales et du Parc naturel marin du golfe du Lion, ainsi que des documents relatifs au projet d'extension de la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls.
Informations vérifiées en août 2026.